vendredi 23 octobre 2015
des notes
Pour ou contre les notes ?
Il y a quelques jours, j'ai vu passer sur mon fil d'actualité cette question, relayée par une association que j'aime bien, et pour cause ! Du coup, certaine que je n'allais pas tomber dans un panier de crabes repère de trolls en tous genres, je me suis fendue d'une petite réponse. La voici, un peu remaniée.
Pour ou contre les notes ?
"Ni pour, ni contre, bien au contraire."
Il me semble que la question des notes n'est jamais intéressante et pertinente pour elle-même. D'abord, les notes n'avancent pas toutes seules (sauf aux examens) mais accompagnées d'appréciations, de commentaires. Même au conseil de classe, qui statue sur la base comptable des notes et des moyennes, la présence des enseignants et l'affichage des appréciation fait que, finalement, ce n'est pas cette simple valeur comptable qui est utilisée, seule mais bien d'abord et avant tout le discours à partir de cette note. D'ailleurs, on n'imagine pas un bulletin qui serait remis aux familles sans une synthèse rédigée par le président du conseil.
Par ailleurs, j'ai connu, il y a quelques années, des élèves qui n'avait pas de "notes" au primaire, mais des évaluations sous forme de croix. Du coup, ils faisaient la "course aux croix". Et honnêtement, je ne voyais pas bien la différence question niveau de stupidité, avec la "courses aux notes", péché capital contre l'intelligence et la culture, duquel sont soupçonnés un certain nombres de nos élèves.
Or, me semble-t-il, là est bien l'enjeu principal : celui du sens et de l'intelligence, pour les élèves, pour les parents, pour tous. Et, souvent, la note sert de point de départ à l'échange : les chiffres parlent tous seuls, c'est bien connu, tant qu'ils sont bons. On se rend bien compte que le discours devient exigible dès qu'ils hurlent du dessous du niveau de la mer, le fameux saint DIX : IL Y A UN PROBLEME. Là est la clef : les notes permettent de dire quand il y a un problème, mais elle ne le nomme pas, et donc, ne peuvent pas se balader toutes seules.
Donc, la question qui m'intéresse, avec ou sans note, est la suivante : quel sens donne-t-on aux évaluations ? pourquoi évalue-t-on ? Quoi ? en fonction de quel contenu pré-requis ? enseigné ? Et comment fait-on pour que l'élève s'approprie les moyens de reconstituer le sens de ces évaluations ?
"Que cessent Ces contrôles et que commencent Ses évaluations" me parait un bon slogan pour résumer ma position sur la question.
Du coup, ça peut passer par des notes, des croix, des triangles, des couleurs, des lettres... tout est possible concernant le "comment on fait ?". C'est finalement le moindre des soucis, me semble-t-il, quand on cause évaluation.
Je pratique, pour ma part, un système prodigieusement synchrétique, adapté à chaque situation et, surtout, toujours explicité aux élèves.
Il y a des notes, mais toutes ne comptent pas.
Certaines activités sont évaluées sans être notées, ce qui ne réduit pas l'implication des élèves dans le soucis de comprendre ce qu'ils font et pourquoi ils le font, malgré tout ce qu'on pourrait imaginer en la matière.
Les notes d'oral sont établies grâce à un document afiné au cours des ans, savant mélange d'évaluation de contenu (colonne de gauche) et de savoir-faire (colonne de droite, avec des lettres). La note finale attribuée à chaque élocuteur est souvent négociée avec la classe.
Globalement, tout le monde semble satisfait et pas traumatisé, ce qui est, pour moi, un critère essentiel pour jauger de la qualité d'un système d'évaluation, quel qu'il soit.
Pour ou contre les notes ? Non !
Des notes ? pourquoi ? et pour quoi faire ? Voilà une question autrement plus intéressante.
mercredi 22 juillet 2015
de ma boulangère et des vacances
Ma boulangère est une dame qui sourit à certains clients privilégiés et vend du très bon pain à tous.
La plupart du temps, j'essaie de ne pas avoir de conversations trop sérieuses avec elle parce que ça m'a pris des mois pour qu'elle accepte de me sourire, que le pain qu'elle vend est vraiment bon et que je n'aimerais pas me découvrir une raison du genre idéologique pour ne plus financer son activité.
J'ai déjà eu ce problème avec le poissonnier , le buraliste et la dame de la confiserie. Or, je tiens à favoriser l'activité locale plutôt que celle de la centrale d'achats du gros supermarché de la zone d'activités.
Du coup, j'ai appris à faire attention à certains sujets de conversation.
Et puis, début juillet, l'accident.
Ma boulangère me reçoit avec un grand sourire et s'exclame : "Ah, ah, ah ! En vacances, hein !"
Je n'ai pas pu me priver de lui dire que, ben non, pas en vacances, non : encore sur le bac, convoquée le 10 juillet.
Et ça l'a fait bien marrer, ma boulangère, que je sois encore à trimer : "Hu ! hu ! enfin, après, elles vont être longues, les vacances ! " Nous étions à la limite du clin d’œil.
"Je reprends plus tôt, cette année : le 28." [Mais pourquoi ai-je dis ça ? Pourquoi ?!]
"Le 28 ?! Le 28 août ! "
Voilà.
Trop de vacances.
Et bien celle-là, ça faisait bien longtemps que je n'y avais pas eu droit ! depuis les vacances de printemps, en fait.
Je suis restée à peu près calme et digne. J'ai ramassé mon pain, ma monnaie et lui ai souhaité plus ou moins une bonne journée. Et je ne lui ai pas dit ce que j'aurais pu lui dire au sujet du fameux privilège des "vacances" parce que cela ne sert à rien.
Face au refrain habituel du "Les-profs-ça-fiche-rien-c'est-tout-le-temps-en-vacances", je m'efforce de ne jamais rien répondre, et même de ne pas essayer d'entendre.
Il suffit d'avoir un prof dans son entourage pour savoir tout ce que ce discours a de stupide.
Sur le fond, je pense que je travaille trop.
Beaucoup trop pour ce que je suis payée, notamment.
Il vaut donc mieux que je me taise face aux petits commerçants.
Je préfèrerais presque leur parler du leur, de travail. Celui de ma boulangère, par exemple, est vraiment dur. Il faut passer des heures à sourire, refaire sans cesse les mêmes gestes : ranger, vendre, sourire, compter la monnaie, supporter tous les grincheux, tous. Et finir sa journée par le ménage de la boutique, et la comptabilité.
Le sien est répétitif.
Le sien ne s'interrompt que deux fois dans l'année.
Le sien est, en plus, dépendant de celui de son mari. Si pour quelque raison que ce soit, le pain devenait moins bon, elle en subirait directement les conséquences sans rien pouvoir y faire.
Je suis d'accord avec elle, complètement : je n'aurais pas pu faire boulangère et je préfère largement mon métier.
Mon métier n'est pas moins dur que le sien. Il l'est différemment.
Il a exigé de moi beaucoup de sacrifices (longues études, concours difficiles et exigeants, obligation d'aller construire mon existence très loin de chez moi, début de carrière dans les pires postes et dans une région que j'ai vraiment détesté) et exige encore beaucoup d'efforts (obligation de s'adapter sans cesse à de nouvelles tâches et de nouveaux publics ; obligation de se tenir au courant de l'actualité de la recherche dans mon domaine de compétences ; travail tous les soirs, tous les weekends et pendant les vacances ; perspectives d'évolutions réduites à peu de choses, notamment sur le plan salarial), mais ça valait la peine.
Et ça la vaut encore.
Sur ce, je retourne à mes lectures pour la rentrée.
Elle a raison, la boulangère : c'est chouette, les vacances.
La plupart du temps, j'essaie de ne pas avoir de conversations trop sérieuses avec elle parce que ça m'a pris des mois pour qu'elle accepte de me sourire, que le pain qu'elle vend est vraiment bon et que je n'aimerais pas me découvrir une raison du genre idéologique pour ne plus financer son activité.
J'ai déjà eu ce problème avec le poissonnier , le buraliste et la dame de la confiserie. Or, je tiens à favoriser l'activité locale plutôt que celle de la centrale d'achats du gros supermarché de la zone d'activités.
Du coup, j'ai appris à faire attention à certains sujets de conversation.
Et puis, début juillet, l'accident.
Ma boulangère me reçoit avec un grand sourire et s'exclame : "Ah, ah, ah ! En vacances, hein !"
Je n'ai pas pu me priver de lui dire que, ben non, pas en vacances, non : encore sur le bac, convoquée le 10 juillet.
Et ça l'a fait bien marrer, ma boulangère, que je sois encore à trimer : "Hu ! hu ! enfin, après, elles vont être longues, les vacances ! " Nous étions à la limite du clin d’œil.
"Je reprends plus tôt, cette année : le 28." [Mais pourquoi ai-je dis ça ? Pourquoi ?!]
"Le 28 ?! Le 28 août ! "
Voilà.
Trop de vacances.
Et bien celle-là, ça faisait bien longtemps que je n'y avais pas eu droit ! depuis les vacances de printemps, en fait.
Je suis restée à peu près calme et digne. J'ai ramassé mon pain, ma monnaie et lui ai souhaité plus ou moins une bonne journée. Et je ne lui ai pas dit ce que j'aurais pu lui dire au sujet du fameux privilège des "vacances" parce que cela ne sert à rien.
Face au refrain habituel du "Les-profs-ça-fiche-rien-c'est-tout-le-temps-en-vacances", je m'efforce de ne jamais rien répondre, et même de ne pas essayer d'entendre.
Il suffit d'avoir un prof dans son entourage pour savoir tout ce que ce discours a de stupide.
Sur le fond, je pense que je travaille trop.
Beaucoup trop pour ce que je suis payée, notamment.
Il vaut donc mieux que je me taise face aux petits commerçants.
Je préfèrerais presque leur parler du leur, de travail. Celui de ma boulangère, par exemple, est vraiment dur. Il faut passer des heures à sourire, refaire sans cesse les mêmes gestes : ranger, vendre, sourire, compter la monnaie, supporter tous les grincheux, tous. Et finir sa journée par le ménage de la boutique, et la comptabilité.
Le sien est répétitif.
Le sien ne s'interrompt que deux fois dans l'année.
Le sien est, en plus, dépendant de celui de son mari. Si pour quelque raison que ce soit, le pain devenait moins bon, elle en subirait directement les conséquences sans rien pouvoir y faire.
Je suis d'accord avec elle, complètement : je n'aurais pas pu faire boulangère et je préfère largement mon métier.
Mon métier n'est pas moins dur que le sien. Il l'est différemment.
Il a exigé de moi beaucoup de sacrifices (longues études, concours difficiles et exigeants, obligation d'aller construire mon existence très loin de chez moi, début de carrière dans les pires postes et dans une région que j'ai vraiment détesté) et exige encore beaucoup d'efforts (obligation de s'adapter sans cesse à de nouvelles tâches et de nouveaux publics ; obligation de se tenir au courant de l'actualité de la recherche dans mon domaine de compétences ; travail tous les soirs, tous les weekends et pendant les vacances ; perspectives d'évolutions réduites à peu de choses, notamment sur le plan salarial), mais ça valait la peine.
Et ça la vaut encore.
Sur ce, je retourne à mes lectures pour la rentrée.
Elle a raison, la boulangère : c'est chouette, les vacances.
mardi 27 janvier 2015
d'un mot dans un carnet
Madame,
hier j'étais en colère
J'en ai ruminé votre mot dans le carnet de votre fille toute la soirée.
Je me suis repassé votre jolie prose en boucle en rangeant le salon.
J'ai continué en rinçant mes poireaux.
J'ai poursuivi en faisant revenir ces maudits poireaux avec ces au moins aussi maudits oignons.
J'étais encore en train de ruminer quand j'ai enfourné ma tarte aux poireaux.
Et j'ai ruminé, encore, et encore, toute la soirée.
Je crois même qu'en dormant, je ruminais encore.
Je me doute bien du fait que vous n'avez pas idée du niveau d'incorrection de vos propos.
Mais dans le fond, je m'en moque un peu. Je ne suis pas votre professeur, je n'ai pas à vous enseigner ce que s'exprimer correctement signifie. Ce n'est pas mon rôle.
Hier, j'étais en colère parce que votre fille s'est autorisé de la façon dont vous vous êtes adressée à moi pour se montrer, à son tour, parfaitement incorrecte.
Et j'étais en colère parce que je trouve que ce n'est pas juste et que vous n'êtes pas juste.
Votre fille est exceptionnelle, sachez le.
Aujourd'hui, elle est arrivée à mon cours, elle avait résolu tous ses problèmes, elle avait même résolu plus de problèmes que ce qu'elle avait à résoudre pour aujourd'hui. Aujourd'hui, votre fille a su ne rien dire pour se faire remarquer, ne rien faire pour me renvoyer dans mes cordes, malgré l'envie qu'elle en avait probablement.
La conséquence de votre incorrection, c'est que votre fille s'est retrouvée dans l'obligation de faire, aujourd'hui, profil bas. Et cela demande du courage, beaucoup de courage. Votre fille est formidable. J'espère que vous n'avez pas besoin de moi pour le savoir.
Madame,
hier j'étais en colère.
Hier, j'avais envie de vous répondre, des choses vraiment agressives.
Hier, j'avais envie de vous insulter comme vous m'aviez insultée.
Mais plus aujourd'hui.
Aujourd'hui, la colère est retombée.
La colère m'aurait mal conseillée.
J'ai préféré la laisser retomber.
Et puis aujourd'hui, votre fille a été extraordinaire.
Elle a été vraiment formidable.
Elle sait qu'elle a un soucis avec la façon dont elle s'adresse aux gens.
Elle sait que l'équipe qui s'occupe d'elle, au quotidien, au lycée, fera tout son possible pour l'aider à dépasser cette difficulté. Et ne lâchera rien. Et ne la lâchera pas.
Elle sait que ce sera dur.
Mais je sais, moi, qu'elle en est capable.
Alors aujourd'hui, Madame, je voudrais vous écrire pour vous dire combien votre fille est formidable.
Mais je ne le ferai pas.
Pas aujourd'hui.
Je resterai professionnelle.
Administrative, même.
Aucune raison que je me montre particulièrement humaine.
Vous ne l'avez tellement pas mérité !
vendredi 23 janvier 2015
du quotidien des super-héros de l'Education Nationale
Ce matin, je me suis collée à mes préparations pour les BTS, qui sont actuellement en stage. J'ai réalisé mon plan de séquence, ainsi que le calendrier des activités pour les étudiants. C'est allé assez vite. Pourtant, je n'ai pas vu l'heure. J'ai réveillé le reste de la famille en retard, à 8 heures bien sonnées.
Tout le monde s'est préparé pour une bonne journée à l'école ou au lycée.
Je vis dans le meilleur des mondes possibles.
Ce matin, je me suis levée à 5 heures 30, et j'ai, une fois de plus, essayé de rester concentrée sur mon travail.
Mais j'ai commis une série de graves erreurs parfaitement évitables.
Par exemple, j'ai consulté ma messagerie professionnelle.
Un enseignant digne de ce nom ne devrait pas ouvrir sa boite professionnelle en dehors de ses heures de présence dans son établissement (pour moi, 9 heures, 16 ou 17 heures, 5 jours par semaine), cela lui permettrait de rester concentré sur son travail.
J'avais un message d'une élève concernant le devoir qu'elle doit m'envoyer. Elle n'arrive pas à le convertir au bon format. Classique. J'ai essayé de lui répondre. j'ai constaté qu'une fois de plus, ma messagerie professionnelle dysfonctionne: je reçois, je n'envoie pas.
Encore une fois.
Tellement habituel.
Tellement usant !
Nous sommes sensés passer à la révolution numérique, nous serions des vieux dinosaures avec dictionnaires et livres.
J'ai quand même l'impression que les profs ont largement adopté les outils numériques.
Le Ministère, lui, a quelques soucis avec ceux qu'il devrait mettre à notre disposition.
J'avais également un message de ma direction. je suis "invitée" à une réunion justement une des rares demi-journées de l'année où j'aurais pu rester chez moi pour travailler.
Dans le message, il y avait de ces mots qui me hérissent les poils, comme "compétences".
Enfin, il n'y avait pas "laïcité", ni même "éducation aux médias", toujours cela de pris !
Il aurait fallu que je puisse répondre.
J'avais déjà oublié que ce matin, je peux recevoir mais pas envoyer.
Vous n'imaginez pas combien cela irrite !
Enfin, last but not least, selon l'expression consacrée, j'avais aussi un message m'informant qu'il fallait que j'aille consulter mon autre messagerie, celle qui gère ma carrière.
Oui, oui, vous avez bien lu : j'ai une messagerie pour mon travail (messagerie hébergée sur le serveur du Rectorat, banale boite mail) et une autre pour la gestion de ma carrière (messagerie iprof qui ne sert qu'à cela). Donc, quand mon employeur m'adresse un message concernant la gestion de ma carrière dans ma boite iprof, il doit également m'envoyer un message sur ma messagerie professionnelle pour m'informer que j'ai un message à aller consulter.
Super !
Bref.
J'ai eu peur que ce soit encore une énième information sur toutes les merveilleuses ressources que je peux utiliser pour travailler sur l'"éducation aux médias" et la "laïcité", sans compter tout ce que je peux utiliser pour travailler sur "l'art de la caricature". Mais non. C'était seulement un message pour m'informer que je ne passerai pas le prochain échelon au grand choix.
Je ne suis pas une mauvaise prof. Je suis franchement bien notée par mes chefs d'établissement et par les inspecteurs que j'ai pu rencontrer. Mais voilà, faute d'avoir pu être inspectée à temps, j'ai vue ma vitesse d'avancement rétrograder.
Et c'est la goutte d'eau, ça.
Je suis sous-payée.
Je n'en peux plus.
Depuis des jours et des jours, on nous assaille d'injonctions de ce type : les mesures de l'après Charlie au college et au lycee. Cela me donne envie, à chaque fois, de hurler, de plus en plus fort : "Mais vous croyez qu'on fait quoi, avec nos élèves, au quotidien, BORDEL ?!"
Le 8 janvier, et les jours qui ont suivi, j'ai fait le boulot. Pas héroïquement, notez. Simplement. Comme tellement de collègues avec tellement d'élèves que vous ne pouvez même pas vous faire une représentation de la somme de tout ce qui s'est échangé dans ces lieux de vie tout à fait particuliers qu'on appelle classe.
Et je continuerai.
Enfin je continuerai.
Peut-être.
Mais d'abord et avant tout, je veux être payée.
Oui, je suis vénale.
Je ne travaille pas comme un forçat pour la noblesse du geste.
Je travaille pour gagner ma vie.
Je veux être payée : pour mes heures de cours, pour l'Atelier Théâtre, pour les corrections du bac, pour tout ce que je fais en plus et qui n'est pas considéré.
Je veux être payée.
Sinon, j'arrêterai.
Et si j'arrêtais ?
Je vais peut-être arrêter de me lever à 5 heures du matin pour préparer des cours et corriger des copies.
Je vais peut-être arrêter de déjeuner au lance-pierre pour recevoir des élèves ou leurs parents.
Je vais peut-être arrêter de partir de chez moi en avance, d'arriver chez moi en retard, de prendre du temps de présence de sa mère à ma fille pour être présente auprès de mes élèves même en dehors des heures de cours.
Je vais peut-être aussi arrêter de me préoccuper au quotidien d'éducation à la citoyenneté et de défense de la République.
Je parlerai de la laïcité le 9 décembre, comme tout le monde.
Ce sera bien.
Moins fatiguant que d'avoir à rappeler quotidiennement à la distraire petite P. qu'elle doit glisser sa médaille de naissance dans son col quand elle est au lycée. Elle le sait. Elle sait pourquoi. Elle oublie tout le temps, juste. C'est juste un exemple.
Je vais peut-être arrêter de faire tout ce pour quoi je ne suis pas payée.
Et je ne vais peut-être pas être la seule à renoncer, faute de considération, faute de reconnaissance, faute d'un salaire digne de mon niveau de compétence, de qualification et de professionnalisme.
Ça me ferait suer, j'aime mon métier. Je le fais bien. Cela me ferait certainement suer.
Mais l'absence de reconnaissance, ça use tellement, si vous saviez ! Au moins autant que les messageries qui dysfonctionnent tout le temps.
Elles seraient quoi, les valeurs de la République, si les profs décidaient tout à coup de VRAIMENT laisser tomber ?
Je serai en grève le 3 février parce que je veux bien faire mon métier, que j'en connais la valeur et le prix. j'aimerais juste être correctement payée pour faire ce que je fais.
mercredi 4 décembre 2013
de PISA et de l'Ecole de la République.
J'ai réussi un CAPES. Je suis passée dans des ZEP, dans des pas ZEP de l'académie de Créteil, et même dans un collège tout ce qu'il y a de plus tranquille, dans un bout du bout d'une académie de province.
Je n'ai pas tout vu de 'Education Nationale mais j'en ai vu beaucoup plus que la plupart des gens avec qui je travaille. Je ne m'en fais pas une gloire particulière. Simplement, pour tous ceux qui s'imaginent qu'être enseignant, c'est être immobile, et bien ils se trompent. J'en suis une preuve vivante.
Donc, il me semble que mon regard sur le système vaut bien celui des experts de tous les bords qui défilent sur les plateaux de télé mine réjouie (comme ça doit être chouette d'être invité à la télé pour se montrer dans toute sa gloire de gens bien nourris, bien informés, bien intelligents, bien experts) depuis hier pour commenter les résultats de PISA, tous allant en gros dans le même sens : c'est la cata, on l'avait bien dit. De toute façon, il faut réformer, mais c'est irréformable. Et c'est la faute à ... Seul ce qui est à mettre à la place des points de suspension varie d'un expert à l'autre en fonction de son appartenance politique ce qui permettra au non-initié spectateur de compléter lui-même les points de suspension par le mot léprofs, ce qui est bien commode ma foi.
Je vais vous étonner.
Les résultats de PISA m'ont agréablement surprise.
C'est bien la preuve que je ne suis pas une experte.
En effet, depuis treize ans que je fais partie des soutiers de cette grande usine à intelligence qu'est l'Education Nationale, je n'ai vu qu'une progressive dégradation des conditions de travail et d'exercice du métier : de moins en moins d'heures d'enseignement par élève assurées par de moins en moins d'enseignants de moins en moins formés. L'offre de formation continue est d'une stupéfiante indigence. Par ailleurs, il y a de moins en moins d'adultes pour encadrer les enfants (surveillants, mais aussi médecine scolaire, services d'orientation, assistantes sociales). De plus en plus d'élèves par classe dans des parcours de plus en plus uniformes. Dans mon dernier collège, c'était simple, les élèves, par trente en cinquième, à peine moins dans les autres niveaux, faisaient anglais LV1 et espagnol LV2. Pour tous. Seule option possible, le latin. Enfin, les trimestres où il y avait un prof pour assurer l'enseignement.
Au passage, ma fille aussi est dans une classe à trente. En petite section de maternelle. je ne me fais pas de soucis pour elle. En revanche, pour certains enfants dans sa classe, je ne suis pas certaine que l'immense professionnalisme de l'institutrice parvienne ne serait-ce qu'à atténuer les écarts déjà nets dans l'acquisition du langage.
Mais le pire, ce n'est même pas ça. Le pire, c'est ce terrible sentiment, absolument généralisé, qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion et que le législateur ne sait même plus à quoi sert l'école de la République et le sens de ce qu'on y fait. Alors on remplit des cases avec des tas de données, on fabrique des chiffres, des statistiques, des outils d'évaluation. On fait perdre un temps insensé avec ça à des profs qui ont bien autre chose à faire de leur temps et de leur énergie, surtout avec des classes par trente. Et au final, si on ose demander "à quoi ça sert ?", personne n'a de réponse. Personne.
Au collège, ce sentiment de produire du sens pour mes élèves malgré l'institution qui m'emploie a fini par me rendre littéralement dingue.
Ecoutez donc tous ces experts auréolés de leur gloire de gens bien nourris, bien informés, bien intelligents, bien experts. Pas un qui ne sache répondre à cette question simple : à quoi ça sert ?
Cependant, le système est bien conçu ; aucun journaliste, jamais, ne la leur pose. On n'est pas là pour dire à quoi sert l'école quand on analyse les résultats de PISA. On dit simplement qu'on est moins bons en maths, pas si mal ailleurs. On signale que les écarts se creusent. Et on explique que c'est la faute à ...
Bref, je salue l'engagement de l'ensemble des personnels qui parviennent, malgré toutes les brimades, des salaires dérisoires ainsi que l'indigence des moyens, à ce que les résultats ne chutent pas plus dramatiquement que cela et que les écarts demeurent maîtrisés. Ils fabriquent du sens malgré tout, parce qu'ils n'ont pas le choix, parce que faire cours c'est faire sens. Donc ils continuent à faire ça malgré l'institution, et malgré tous les discours d'experts. Parce qu'il faut bien faire cours.
Moi, j'ai quitté le navire.
Je me suis trouvé une planque bien confortable : un bon lycée, de province. Un havre, où on laisse les profs faire leur boulot sans trop les emmerder. Juste, comme partout ailleurs, les effectifs sont démentiels. On fait avec. Tant qu'on me laissera y faire mon boulot, j'y resterai.
Je ne suis pas fière d'avoir quitté les zones de première ligne. mais je ne supportais plus de devoir fabriquer du sens dans un système qui n'en a plus. Il fallait que je sauve ma peau pour pouvoir me mettre au service de la jeunesse.
Alors puisque aucun journaliste, hier, ne savait poser sérieusement cette question, je me permets de demander à tous ces joyeux experts de tous bords avec leurs têtes de gens bien nourris, bien informés, bien intelligents, bien experts : ça sert à quoi, de faire cours aux enfants de la République ? Elle sert à quoi, l'école de la République ?
J'ai envie d'ajouter, par soucis de sérieux, parce que ça compte pour moi comme pour la plupart des gens avec qui je travaille : réalisez-vous, chers experts, pour aujourd'hui bien nourris, bien informés, bien intelligents, bien experts, que les gens qui s'occuperont de prendre soin de vous (ou pas) quand vous ne serez plus en mesure de le faire vous-mêmes, du médecin gériatre au personnel de service qui passera la serpillière dans votre lieu de vie, tous ces gens sont à peine nés ou en ce moment en train de souffrir à trente par classe dans des écoles maternelles. Comment allez-vous leur donner envie de prendre soin de vous si vous nous avez refusé, à nous, professionnels de l'éducation, les moyens de prendre soin d'eux et privé de la capacité de produire du sens pour la génération qui vient ? Y pensez-vous, vous ? Moi j'y pense, souvent, quand je suis face à mes élèves, face à ces enfants que la République me confie. Accepteront-ils de prendre soin de nous quand nous en aurons besoin si nous ne savons pas nous donner les moyens de prendre soin d'eux, c'est à dire de donner du sens à l'école maintenant pour eux qui en ont tant besoin ?
<a href="http://www.photo-libre.fr">Photos Libres</a>
samedi 24 mars 2012
de la morale et du plagiat à l'aire du web 2.0
A la première lecture, j'ai juste été vaguement irritée, sans bien pouvoir nommer pourquoi. J'ai replongé dans mon paquet de copies sans trop me poser de questions.
Et puis, je n'ai plus cessé de croiser les références de ce billet depuis deux jours : liens sur twitter, sur facebook, et même réception du lien dans ma boîte mail. A chaque fois, je m’agaçais un rien plus. Outre le contenu, le succès de cette prose tant auprès de collègues que d'amis non profs m'interroge car il révèle des choses qui m'indisposent.
Donc, Essayons de mettre tout cela à plat.
Tout d'abord, le premier niveau d'agacement concerne la traditionnelle déploration de la paresse intellectuelle des élèves en général. C'est un incontournable. Ma collègue narre dans son billet une expérience qu'elle a menée pour prouver que ses élèves utilisent les informations trouvées sur internet sans discernement. Elle semble surprise de découvrir que la plupart des élèves préfèrent recopier des informations trouvées toutes prêtes plutôt que d'essayer de faire l'effort de trouver des choses par eux-mêmes.
J'espère que ma collègue est jeune dans la carrière et qu'elle a encore beaucoup à apprendre sur ce qu'est un élève, si ce n'est normal, du moins banal.
Oui, les élèves plagient. Ils ne plagient pas qu'en français, ils plagient à chaque fois que cela peut leur faire gagner du temps et de l'énergie.
Personnellement, j'ai plagié au lycée, pour gagner du temps. J'étais plutôt une bonne élève, pourtant. Enfin, une bonne élève de l'enseignement technologique. Je plagiais peu et toujours avec un bon gros sentiment de culpabilité. Mais quand un dossier d'histoire de l'art urgeait et tombait en même temps qu'un devoir d'histoire, qu'un contrôle de maths et qu'une planche de MCR (Mode Conventionnel de Représentation, nom barbare pour quelque chose qui s'appelle autrement aujourd'hui et se pratique désormais avec des logiciels là où nous, nous faisions tout à la main, à la règle et au calque), il m'arrivait de plagier un peu une ou l'autre des encyclopédie de la bibliothèque municipale. Jamais aucun professeur ne me l'a reproché, essentiellement parce que mes professeurs n'avaient pas le temps d'aller vérifier sérieusement. J'avais des camarades de classe capables de recopier des pages entières de bouquins de la bibliothèque municipale. On ne nous le reprochait jamais, et pas seulement parce que nous étions ceux de la section technologique. Je pense qu'on ne nous le reprochait pas parce que cela aurait été bien trop compliqué à vérifier.
Aujourd'hui, je coince mes élèves comme je veux : il suffit de prendre une phrase dans un énoncé suspect, la taper sous forme de citation dans google (entre guillemets) et le tour est joué : je peux leur mettre leur source sous les yeux. Je le leur montre souvent en classe, pour qu'ils comprennent que ça n'a rien de magique et que c'est à la portée de n'importe quel prof, même de celui de français (toujours plus ou moins soupçonné par les élèves de ne pas trop savoir se servir de l'outil informatique).
Bref, ce billet qui circule en ce moment démontre une vérité simple que tout le monde savait déjà : les élèves plagient. Et si les élèves de cette génération plagient peut-être plus que ceux de ma génération, il est aussi beaucoup plus facile de s'en rendre compte.
La démonstration relève de la tautologie : quelle quantité d'énergie et de travail consacrée à prouver quelque chose que tout le monde sait déjà (les élèves plagient). Mais autre chose m'irrite dans le procédé : je n'aime pas qu'on cherche à coincer les élèves, ne serait-ce que pour les mettre face à leurs responsabilités (ce que je fais en deux minutes, sans effort et avec au moins autant d'efficacité). Et surtout, je souhaiterais demander à ma collègue : bon, et ensuite ? La seule chose qui m’intéresserait vraiment, ce n'est pas comment elle a piégé le web 2.0, ou plus exactement comment elle a tenté de piéger 65 élèves (n'en piégeant, et encore à des degrés divers que 51), mais ce qu'elle compte faire, maintenant, pour remédier au problème soulevé. J'attends avec impatience le descriptif détaillé des sessions d'Accompagnement Personnalisé utilisées avec intelligence pour apprendre aux élèves à chercher des informations, croiser les sources et en dégager l'essentiel. Peut-être a-t-elle réussi à construire des activités fort pertinentes, éventuellement avec un collègue de documentation ? Voilà un travail intelligent, pertinent, nécessaire, et qui m'intéresse tellement plus, puisque là, je trouverais sans doute quelque chose de neuf et d'intelligent pour l'ensemble de mes élèves. Ce sera sans doute plus austère, comme billet. Sans doute ma collègue n'obtiendra-t-elle qu'une fréquentation limitée sur son blog. Mais là, ce travail ne me sert à rien, il ne m'apprend rien et ne m'aidera pas à avancer dans ma pratique.
Vivement, donc, qu'elle publie la suite de ce travail !
Enfin, parlons maintenant du succès de ce billet, auprès de collègues, ou pas.
Peut-être pourrions-nous commencer à identifier le genre auquel il appartient. C'est un genre largement pratiqué par les enseignants et qui est un marronnier de la librairie comme de la presse en période de rentrée scolaire : on pourrait nommer ce genre la déploration générationnelle.
Ce genre a énormément de succès, sinon les éditeurs cesserait de publier chaque année ces journaux d'enseignants et autres comptes-rendus de terrains de professeurs désolés par l'état déplorable de la jeunesse qui lui est confiée.
Je crois que le buzz auquel j'ai pu assister au sujet de ce billet tient au plaisir pris à la lecture de cette littérature de déploration générationnelle, plaisir auquel je ne comprends par principe pas grand chose. Les commentaires accompagnant ces publications sur les réseaux sociaux sont éclairants : les collègues jouent quelque chose de l'ordre du : "Et voilà la preuve de cette médiocrité que j'ai toujours dénoncée", les autres quelque chose qui joue invariablement sur le registre du "de mon temps, au moins, on ne plagiait pas. " Sauf que si, on plagiait aussi.
Et derrière cette littérature de déploration générationnelle, j'ai toujours plus ou moins le sentiment que se cache quelque chose de l'ordre de "les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas aussi bien que ce que nous étions."
Je pense, pour ma part, profondément, viscéralement, que c'est faux.
Je pense que la littérature de la déploration générationnelle offre un abri confortable pour éviter de poser les vrais problèmes. La littérature de la déploration générationnelle nous expliquera que la pédagogie est un sport impraticable parce que : les élève sont trop durs, trop bêtes, trop intoxiqués par la télé, les jeux vidéos, le web 2.0, le foot... rayez les mentions inutiles ("et à mon avis elles le sont toutes"). Je ne parle même pas ici des jeunes de banlieue !
Si c'est la faute à la jeunesse elle-même, alors il n'y a pas à se demander ce que nous pouvons faire, ce que notre génération peut faire pour la génération qui vient.
Je souhaite rappeler qu'il n'y a pas de raison pour imaginer que la jeunesse d'aujourd'hui soit plus paresseuse ou moins morale que ce que nous-mêmes étions sauf à s'imaginer que les adultes qui s'occupent d'eux le sont moins.
Commençons par croire en notre jeunesse : elle est l'avenir là où ne sommes au mieux que le présent. Faisons le pari de l'intelligence et de l'éducabilité de chaque génération d'élèves qui nous est confiée et construisons notre travail d'éducateur et de pédagogue à partir de là. A faire le pari de l'intelligence, on gagne souvent ; et on gagne plus gros qu'à faire celui de la sottise de la jeunesse.
Je défends personnellement cette tautologie : on peut toujours rêver former des esprits d'abord sans le web 2.0, mais alors il s'agit de la jeunesse d'hier, celle que nous étions et non pas celle qu'elle est aujourd'hui.
remarque : il semblerait que ma collègue soit en fait un collègue : j'ai appliqué le principe de bon sens qui veut que la prof de français est toujours une femme, sauf exception. C'était l'exception. Avec toutes mes excuses à mon collègue. (le 25 mars 2012)
vendredi 3 février 2012
De l'enseignement professionnel en particulier et du corps des élèves en général

Arrêtons de vouloir revaloriser l’enseignement professionnel. Commençons déjà par lui donner de la valeur !
Il y a quelques jours, je faisais mes devoirs institutionnels : je réfléchissais au projet académique et je me disais que valoriser l’enseignement professionnel, ça devrait passer d’abord et avant tout par considérer ce qui y est enseigné en lui donnant du poids dès le collège au moins.
Il me semble qu’un élément-clef pour comprendre l’enseignement professionnel, c’est la prise en compte dans ce cadre de la praxis : les élèves n’y sont pas de purs esprits, ils ont aussi un corps (et pas seulement des mains) et ils apprennent à s’en servir. Cet éducation du corps pour le geste professionnel s'accompagne et s'articule avec une formation intellectuelle solide. Or, l’enseignement pour et par le corps a pratiquement disparu au collège. En technologie, les élèves ne fabriquent plus grand chose, sauf marotte du prof local. En musique et en arts plastiques, à cause de cette idée saugrenue d’ajouter une discipline nouvelle sans enseignant et sans horaire, les élèves ont de plus en plus de temps de cours consacrés à l’histoire des arts et de moins en moins à l’usage des mains, de la voix, du souffle. Il reste l’EPS, mais qui n’existe pas dans le socle commun si ce n’est pas à travers le drolatique « savoir nager ».
Bilan, si déjà, quand j’étais élève, il n’y avait pas beaucoup d’enseignements du collège qui formaient le corps, enseignaient le geste, désormais, il n’y en a pratiquement plus. Or, comment valoriser des enseignements qui n’existent que pour les élèves qui se retrouvent en filière de relégation ? Est-il idiot d’imaginer que le futur ingénieur ou la future diplomate ont aussi besoin d’apprendre les gestes du monter/démonter ; construire/déconstruire ; fabriquer, en somme ? Il me semble que cela leur serait aussi nécessaire que la culture générale pour nos concitoyens futurs électriciens ou coiffeurs. Bref, je crois qu’il serait temps de cesser de considérer nos enfants, les enfants de la République, comme de purs esprits éthérés et de leur rendre un corps. Ce me semble, en tout cas, un lieu de réflexion et d’invention fort pertinent, au moins pour le collège, y compris dans cette perspective de donner du sens à toutes les filières du lycée.
[Ce billet est une version légèrement corrigée d'un commentaire posté sur le blog de Vincent Peillon]
Inscription à :
Articles (Atom)





